Dossier : L’accès à l’eau potable pour tous au Congo : Mythe ou réalité ?

L'association Yidika propose un dossier pour mieux comprendre les enjeux liés à l'accès à l'eau au Congo.

"Donner accès à l’eau potable à 90% de la population d’ici trois ans ! Tel est le grand défi que s’est lancé le gouvernement du Congo-Brazzaville, des chantiers s’ouvrent dans tout le pays. Le gouvernement congolais a promis de fournir de l’eau à tous les habitants de Brazzaville et de Pointe-Noire d’ici à la fin 2014.

            Il promet aussi d’apporter de l’eau potable à 90% des populations des zones rurales dans les trois ans.

Une enquête de la revue terrAfrica, un bimensuel d’information et d’analyse nous permet de connaître un peu mieux la réalité des chiffres et apprécier l’ampleur de cette situation.

Au Congo, 50% de la population urbaine a théoriquement accès à l’eau potable. Mais cette eau ne coule pas tous les jours des robinets, loin s’en faut. La pénurie d’eau à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes du pays, où vit la moitié de la population congolaise, est une réalité incontournable. Et dans les zones rurales, à peine 10% des habitants ont accès à un réseau d’eau potable. Voilà la situation, aujourd’hui.

L’engagement du gouvernement « de l’eau pour tous  dès l’année prochaine » est fondé sur la fin des travaux en 2014 de la deuxième usine d’eau de Djiri au nord de la capitale. Cette usine Djiri II a une capacité de 5 250m3/heure et va coûter 290 milliards de francs CFA, associée à la première usine Djiri, la capacité totale devrait atteindre 7 500m3/heure, couvrant ainsi 80% des besoins en eau potable de Brazzaville. Le reste de l’approvisionnement viendra de l’usine du Djoué, une autre unité de production au sud de la capitale construite en 1954 avec une capacité de 1 500m3/heure.

 

50% de l’eau perdus

Les essais réalisés sur cette deuxième usine en cous d’achèvement, augurent des lendemains meilleurs pour les consommateurs.

Problème : L’eau fournie ne va pas toute jusqu’aux robinets à cause de la vétusté des canalisations qui datent dans la plupart des cas d’avant l’indépendance de 1960, des fuites d’eau sont enregistrées partout dans la ville. La SNDE, l’opérateur public de distribution d’eau note des pertes de l’ordre de 50% dans son réseau. En 2012, la SNDE a produit 171 726m3/jour à Brazzaville, la même année il a manqué 120 000m3/jour aux habitants.

Rénover la tuyauterie, Réaliser près de 33 000 branchements et 43 bornes-fontaines, c’est le sens du contrat que la Société Auxiliaire de Distribution d’Eau (SADE) filiale de la société française Veolia a passé le 8 avril 2013 avec le gouvernement congolais.

Pointe-Noire, la capitale économique au sud du pays n’est pas mieux lotie. Face à la pénurie croissante et profitant des opportunités offertes par le Code de l’eau d’avril 2003 qui libéralise le secteur, des privés utilisent des camions-citernes d’une capacité de 25 ou 50 m3 pour livrer de l’eau aux citoyens qui ont les moyens de la payer.

Les autres se tournent vers des particuliers qui ont créé des points d’eau à leur domicile et vendent le précieux liquide aux populations toujours plus nombreuses dans le besoin. C’est pourquoi, dans cette ville aussi la SADE, dans le cadre du projet PEEDU (Projet Eau, Electricité et Développement Urbain) cofinancé par la Banque mondiale, va construire 41 km de conduites d’eau, réaliser 20 000 branchements privés et 30bornes-fontaines.

En attendant l’achèvement, dans un an, de ces chantiers, le gouvernement a réalisé quatre grands forages dans des quartiers périphériques. Mais la qualité de cette eau reste douteuse, selon une étude réalisée par l’Institut de Recherche et de développement (IDR) basé à Pointe-Noire.

Dans le reste du pays, les forages paraissent constituer l’une des solutions prioritaires mises en œuvre. Début août 2013, le président Denis Sassou Nguesso a lancé un projet qui se propose à terme d’alimenter en eau potable 2000 villages. Cette campagne financée à hauteur de 193 milliards sur fonds propres doit lancer un programme de 4 000 forages grâce au concours de la société brésilienne ASPERBRAS.

A travers ces équipements, le gouvernement congolais compte, dans les trois ans, faire bénéficier de l’eau potable 90% des populations rurales.

D’après le Directeur général de l’hydraulique rurale, Nicolas Labarre, le Congo a investi de 2005 à 2013, plus de 300 milliards de francs CFA dans le renforcement et la construction des ouvrages d’adduction d’eau. Force est de constater que si le défi concerne bien entendu l’économie du pays, le relever est tout aussi crucial pour le bien-être de la population, sa santé et son hygiène.

L’EAU EST ESSENTIELLE A LA VIE.alt

Le combat quotidien des Brazzavillois

Un couple d’infirmiers qui vit avec ses quatre enfants dans le quartier Plateau-des-Quinze-Ans dépense 800 F CFA par jour, 24 000 francs par mois, pour l’eau de forage qui sert à la toilette et aux travaux domestiques. A cela, il faut ajouter quatre bouteilles de 10 litres d’eau minérale par semaine. A raison de 1 500 francs CFA par bouteille, cela revient à 24 000 francs par mois. Cette famille dépense donc au total 48 000 f CFA par mois. C’est plus de la moitié du salaire minimum congolais : 90 000 francs CFA. A ce montant, il faut aussi rajouter les factures d’eau qui lui parviennent bien que n’ayons pas d’eau au robinet.

Dans le quartier M’pissa, qui borde le fleuve Congo, la situation est alarmante. Depuis plus de dix ans, l’eau est devenue une denrée rare. Malgré un forage construit par des coopérants chinois, s’approvisionner relève du parcours du combattant.  Il faut se lever tôt pour aller faire la queue devant l’un des rares robinets en service. Le temps perdu, l’énergie gaspillée à s’approvisionner pour les besoins quotidiens en eau ne sont pas tout. Il faut aussi compter avec le fait que cette eau n’est pas toujours propre à la consommation.

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Dossier réalisé par

Charly KOUMBA
Coordinateur du Centre de ressources
Ô Mbongui des Jeunes
Avenue de l'indépendance-arrêt Maternité
Quartier Mpaka    Pointe-Noire
Tel (00.242) 05.681.43.60
 

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